Pourquoi poursuivons-nous certains buts plutôt que d’autres? Qu’est-ce qui fait qu’une personne persévère même lorsqu’elle rencontre des obstacles majeurs alors que d’autres démissionnent? Pour répondre à ces questions, nous devons comprendre ce qui nous procure l’élan, l’énergie nécessaire à la réalisation de nos buts, en d’autres mots, comprendre les sources de notre motivation. Nos besoins, nos pensées ainsi que nos émotions nous amènent à rechercher ou à éviter certaines situations. Parmis nos nombreux besoins, nous retrouvons des besoins vitaux, tels que la faim, la soif, le besoin d’être en contact avec d’autres individus. Une fois ces besoins comblés, on retrouve les besoins d’affiliation, d’intimité, de reconnaissance, de réalisation pour n’en nommer que quelques-uns. Nos pensées jouent également un rôle déterminant sur notre motivation. Notre perception de nous-mêmes, de nos capacités, de notre compétence influencent notre désir d’entreprendre ou non certaines tâches. Nos attentes personnelles, notre façon de nous expliquer nos succès ainsi que nos échecs ont aussi une incidence sur nos comportements. Nos émotions nous guident également dans une direction plutôt qu’une autre : la peur, la honte et la gêne sont des états affectifs qui peuvent nous amener à éviter certaines situations alors que l’intérêt, la confiance et la stimulation sont des états qui nous permettent d’investir une activité et de persévérer devant des tâches plus difficiles. La motivation est donc un phénomène complexe, car elle implique beaucoup de composantes.

Si la motivation procure l’énergie nécessaire pour surmonter nos difficultés, comment s’assurer de conserver cet état, en dépit des nombreux obstacles qui jalonnent la vie universitaire? Tous ont en effet connu, à un moment ou à un autre, une situation difficile en contexte d’apprentissage. Vous n’avez qu’à vous remémorer l’annonce d’un résultat d’examen moins bon que prévu, ou encore, l’étonnement devant certains commentaires sur un travail que vous aviez réalisé. Ces exemples illustrent une situation qui ne se déroule pas comme nous l’avions prévue au départ.

Le sens attribué aux échecs et aux succès

Pour remédier à ces situations, on tente de trouver un sens, une explication à ce qui nous arrive. C’est ici que les perceptions attributionnelles prennent une grande importance et influencent la motivation. Les perceptions attributionnelles se rapportent aux raisons que nous évoquons pour expliquer les difficultés que nous rencontrons. Nous tentons ainsi de reprendre du contrôle sur ce qui nous arrive, en nous assurant de ne pas revivre une situation semblable dans l’avenir.

Les raisons évoquées pour expliquer nos échecs peuvent être nombreuses : manque d’aptitudes intellectuelles, des problèmes personnels, un manque d’effort, de temps ou d’intérêt en sont des exemples. Parmi toutes les causes possibles, certaines dépendent directement de nous, tels que l’effort déployé ou l’intérêt porté pour la matière, alors que d’autres sont attribuées à des facteurs externes, tels que la clarté des consignes, le type d’enseignement reçu, l’heure à laquelle se déroule le cours, etc. Certaines causes sont perçues comme temporaires ou contextuelles et procurent à l’étudiant un sentiment de contrôle sur l’avenir. Ainsi en est-il de l’effort. Un étudiant qui explique son faible rendement au manque de temps consacré à son étude conclura que la prochaine fois, il devra mettre plus d’effort pour obtenir un meilleur rendement. Cette explication le rassure : il sait qu’il peut faire quelque chose pour remédier à la situation. Sa motivation est préservée, car il est poussé par la volonté de faire mieux la prochaine fois. Il considérera qu’il a un pouvoir sur son apprentissage. Ainsi, plus un étudiant sent qu’il a du contrôle sur son apprentissage, plus il se sent responsable de ce qui lui arrive et meilleure sera sa performance.

Par contre, les étudiants qui craignent l’échec mettent parfois en place, sans toujours en être pleinement conscient, des mécanismes dont le but est de préserver leur estime de soi. Par exemple, certains ne mettent jamais les efforts nécessaires à l’atteinte de leurs objectifs. Ils attribuent ensuite leur faible performance au manque d’effort plutôt qu’à un manque d’aptitude. Ils évitent ainsi une remise en question plus fondamentale qui pourrait porter atteinte à leur estime d’eux-mêmes, car réaliser un travail ou étudier dans les délais requis, c’est aussi montrer ce dont nous sommes pleinement capables. Si nous ne respectons que la moitié du temps d’étude que nous avions planifié au départ, nous savons que seulement une partie de soi s’est investi dans l’exécution de la tâche. Cette façon de procéder fait que nous ne mesurons jamais pleinement nos capacités et nous évitons ainsi de nous confronter à nos limites. Une autre stratégie consiste à privilégier des activités faciles pour lesquelles notre réussite est assurée. Bien que cela puisse nous procurer un sentiment de sécurité, nos besoins d’accomplissement et de dépassement demeurent insatisfaits.

Pessimiste ou optimiste ?

Deux grandes tendances se dégagent dans la manière que nous avons de réagir aux événements que nous vivons. Il semble que les gens de nature optimiste s’attribuent davantage leur succès et attribuent leurs échecs à des circonstances extérieures, ou encore, à des causes qu’ils peuvent contrôler. Un étudiant dont la note d’examen est en deçà de ses attentes se dira, par exemple, qu’il a manqué de temps et qu’il saura mieux faire la prochaine fois. Cette manière de voir les choses fait en sorte que les gens optimistes vont se souvenir beaucoup plus de leurs succès passés que de leurs échecs parce qu’ils n’attribuent pas la même importance à ces derniers. Ils ont ainsi un filtre positif qui maintient une perception positive d’eux-mêmes. Cette vision d’eux-mêmes les rend également plus proactifs. Ils sont plus enclins à utiliser les ressources qui sont à leur disposition, s’investissent plus dans leurs études et prennent plus de risques. Parce qu’ils ont moins peur de l’échec, ils se fixeront des objectifs plus élevés, voyant le défi comme une source de stimulation. Ils sont également plus réceptifs aux commentaires et aux critiques qu’ils utilisent en vue de s’améliorer. Ils ont ainsi le sentiment de s’accomplir et les comportements qu’ils adoptent leur procurent en retour un plus grand sentiment de compétence. Finalement, ceci contribue à accroître leur motivation.

À l’inverse, les gens de nature plus pessimiste ont tendance à mettre beaucoup d’emphase sur leurs difficultés, à détecter avec grande acuité ce qu’ils n’ont pas bien fait et tendent à mettre peu d’emphase sur leurs réussites. De plus, ils ont davantage tendance à expliquer leur succès au contexte dans lequel il s’inscrit, plutôt que de s’en attribuer le mérite. Ainsi, un étudiant dira qu’il a obtenu un bon résultat parce que l’examen était facile, parce que le professeur est réputé pour ne pas être exigeant dans ses critères d’évaluation, etc. Il ne verra donc pas là un signe de compétence ou d’aptitude particulière. Leurs réussites auront donc moins d’impact sur eux. De par leur attitude pessimiste, ils ont tendance à sous-estimer leur potentiel ce qui ne les aide pas à développer une image positive d’eux-mêmes. Les causes évoquées pour expliquer leurs difficultés sont souvent perçues comme peu propices aux changements. Par exemple, des difficultés d’organisation pourront être considérées sous l’angle d’un trait de personnalité persistant et pour lesquels ils n’ont peu ou pas de pouvoir. Ils se sentent souvent impuissants et présentent un discours plutôt fataliste. Ils ont moins confiance en leur capacité de remédier aux situations problématiques. Ils se souviennent davantage de leurs échecs passés et conçoivent leur futur de manière moins positive.

Certains entretiennent des scénarios pessimistes, dont le but est de prévoir le pire afin de se prémunir d’une trop grande déception. Cette stratégie leur procure de l’anxiété et mobilise beaucoup de temps et d’énergie. Souvent, ceci résulte en des difficultés de concentration, voire des difficultés de sommeil, qui ne font qu’exacerber l’anxiété déjà présente. Cette perception négative d’eux-mêmes les amène également à adopter des comportements qui nuisent à leurs études. Par exemple, ils auront tendance à s’isoler davantage, seront peu enclin à demander de l’aide, à poser des questions en classe toujours par peur d’être confirmés dans leur perception négative d’eux-mêmes. Malheureusement, le fait de ne pas utiliser les ressources disponibles ne leur permettent pas développer leurs compétences et les prédisposent davantage aux risques d’échecs, ce qui ne fait que confirmer davantage ce qu’ils pensent d’eux-mêmes.

Nul n’est à l’abri d’une perte de motivation

Évidemment, tout les étudiants non pas les mêmes aptitudes ou les mêmes habiletés à intégrer de nouveaux apprentissages. Tous n’ont pas les mêmes capacités intellectuelles. Nous pourrions penser que les étudiants plus talentueux seront nécessairement plus optimistes, mais l’équation n’est pas aussi simple. Un étudiant qui a toujours eu beaucoup de facilité peut se retrouver avec un problème de motivation, le jour où il aura à soutenir un plus grand effort en vue de maintenir le même rendement. Habitué à réussir sans s’investir beaucoup dans ses études, il constate qu’il est moins outillé pour surmonter ses difficultés. L’estime de soi peut aussi être sérieusement écorchée pour celui qui considère les difficultés académiques comme étant le lot de ceux qui ont moins d’aptitudes. Tout étudiant est donc susceptible, à un moment ou à un autre, de faire face à un problème de motivation.

Questionner notre façon d’interpréter ce qui nous arrive peut déjà nous offrir certaines pistes de solution. L’impuissance à changer le cours des événements est sûrement ce qui affecte le plus la motivation. En effet, comment retrouver l’élan, l’énergie nécessaire si nous ne croyons pas en la possibilité d’améliorer notre situation? Il importe donc de retrouver un certain contrôle sur ce qui nous arrive. Pour ce faire, il peut être utile de questionner nos attentes personnelles. Quelle est la probabilité que je réussisse ce cours? Ai-je confiance en ma capacité de respecter les délais que je me suis fixé en vue de terminer mon travail de session?

Certains étudiants entretiennent des rêves : ils ont de grandes aspirations mais n’arrivent pas à les ancrer dans leur réalité. Ils oublient que l’atteinte de leurs objectifs se fait au prix d’efforts considérables, de persévérance et que cela nécessite de persister malgré les obstacles que nous rencontrons sur notre chemin. C’est pourquoi il est préférable de diminuer nos attentes et de réviser notre idéal pour être capable de se mettre dans l’action. Sinon, nous nous sentons incompétents, incapables d’atteindre le millième de ce que nous désirons, ce qui nous enlève toute forme de motivation. Se sentir compétent est primordial au maintien de la motivation et pour y parvenir il faut vivre des expériences positives, des expériences de succès. Cette condition est essentielle au maintien de l’estime de soi. Nous devons donc être en mesure de répondre à nos attentes. Pour ce faire, nous devons nous fixer des objectifs réalistes, qui offrent tout de même un certain défi. Les étudiants qui procèdent en sous-objectifs ont plus de chance que les autres d’atteindre leurs objectifs finaux. Il faut également se montrer souple et revoir nos objectifs en fonction de nos résultats. L’apprentissage est un processus dynamique et il ne faut pas tirer de conclusions hâtives qui pourraient décourager toute tentative d’adaptation. Autrement dit, il faut se donner des chances !

 

 

Volume 16, numéro 3 — Janvier 2004
Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada – ISSN 1705-0588